Quand Orange se moque de l’avenir de 500 000 adresses Voilà.fr

Le 12 janvier prochain, l’opérateur fermera le service de messagerie Voilà qu’il édite depuis 1998. Prévue depuis l’été dernier, cette fermeture est une première mondiale.

 

Par Philippe Richard

 

Voila

 

Il est courant qu’un service ferme. À notre connaissance, il n’est jamais arrivé qu’un service de plusieurs centaines de milliers d’utilisateurs supprime les adresses emails de ses clients. Tous les services fermant ont cédé la gestion à un tiers. Ce fut le cas en février 2009 de Caramail. Aujourd’hui encore, il est possible d’utiliser son adresse Caramail en ouvrant un compte auprès de GMX, une filiale d’United Internet AG.

Avec Voilà.fr, ce ne sera pas le cas. Joint au téléphone vendredi après-midi, le service de presse d’Orange se contente de préciser qu’ils ont mis « en place dès mai 2015 une migration vers le compte email qu’aura choisi l’internaute. Cette migration s’arrêtera le 12 juillet 2016. Après cette date, l’utilisateur ne pourra plus consulter ses messages de Voilà puisqu’ils ne seront plus transférés. »

Le service de presse de l’opérateur est resté muet sur les raisons de cette fermeture. Ce service compte pourtant 500 000 adresses « actives ou dormantes », comme le précise Orange. Officieusement, Voilà ne serait pas rentable.

Le 12 juillet 2016, tous les internautes disposant d’une adresse voila.fr l’auront définitivement perdu. Ils devront se débrouiller tous seuls pour utiliser une autre adresse email et avertir toutes les personnes et les organismes qui leur envoyaient des messages sur Voilà.fr. Pas simple pour tout le monde.

 

Le ministère de l’Intérieur et Bercy ont contacté Orange. En vain !

 

 

La solution proposée par l’éditeur Mail Object/NetCourrier (voir notre encadré), est par contre simple. «Pour que les personnes continuent à recevoir leurs emails destinés à leur adresse Voilà il faut que le MX (Mail eXchange du nom de domaine arrive sur un serveur de gestion du courrier. Pour Orange, cela ne coute rien. De notre point de vue, quelles que soient les très bonnes raisons d’Orange pour la fermeture du service, décisions que nous ne contestons aucunement et que personne n’a à contester, il est en revanche inexplicable qu’Orange ne permette pas à ses centaines de milliers d’utilisateurs de continuer à utiliser leur adresse e-mail @voila.fr sur un autre service auquel Orange confierait la marque Voila, ou plus simplement la réception technique des emails», expliquent Philippe Lenoir et Pascal Voyat, co-fondateurs de Mail Object /NetCourrier.

Depuis plusieurs mois, l’éditeur tente d’infléchir la décision d’Orange. Rien n’y fait, même l’intervention du ministère de l’Intérieur et de Bercy pour que les internautes restent sur un service français.

Philippe Lenoir reconnaît que pour son entreprise « l’obtention d’utilisateurs supplémentaires est un objectif indéniable. Le contraire serait inquiétant lorsque l’on connaît nos concurrents principaux, les américains Google et Microsoft, dont l’objectif est la conquête du monde. l’ambition affichée de Net-C est de devenir un grand service européen, à l’image de Qwant dans le domaine des moteurs de recherche. L’objectif commercial de notre société ne remet aucunement en cause la valeur de notre engagement auprès des centaines de milliers d’utilisateurs de Voila qui risquent de perdre leur adresse email. Nous remarquons également qu’aucune autre entité, commerciale ou non, ne s’est inquiétée du sort de ces utilisateurs et clairement pas Orange. Tout le monde aurait pu s’engager sur ce sujet, mais seul Net-C a pris la défense de ces internautes.”

Face à l’inflexibilité d’Orange, une Association pour la Sauvegarde de la Messagerie Voilà.fr a été récemment créée. Elle vient de lancer une pétition.

Olivier Marec, Président de cette association et ancien président de l’ADI (Agence pour le Développement de l’Informatique), s’étonne qu’Orange “ne se soucie pas du devenir de personnes qui leur ont fait confiance depuis des années, c’est incompréhensible. Pour une structure qui a bénéficié d’un monopole public pendant des années, ce n’est pas très correct. Manifestement, pour Orange, ce n’est pas un sujet très important. Nous avons donc décidé de créer cette pétition pour qu’ils reconsidèrent leurs responsabilités”.

Cette pétition demande notamment qu’Orange “propose à ses utilisateurs une solution pérenne pour qu’ils puissent continuer à utiliser leur adresse @voila.fr et confie à une société française la gestion des adresses emails @voila.fr et ainsi conserver en France les données de tous ces internautes”.

 

 

NetCourrier ambitionne d’être une alternative européenne à Gmail

Conçu à la fin des années 90 par deux pionniers de l’informatique et des réseaux, Pascal Voyat et Philippe Lenoir, NetCourrier est le seul service de messagerie indépendant en France.

Les utilisateurs contribuent au fonctionnement du service Net-C et permettent son financement :

– via les comptes premium,

– via la publicité pour les comptes gratuits.

« L’objectif de Net-C est la qualité et l’innovation. Tous les bénéfices de Net-C sont réinvestis dans la recherche et développement. À titre d’exemple, le service de messagerie sécurisée pour enfants de Net-C n’a actuellement pas d’équivalent sur le marché », précise Pascal Voyat.