Journalistes RFI tués au Mali : la remise en cause de la version officielle

Le 2 novembre 2013, une annonce a secoué le monde médiatique, laissant sans voix ceux et celles qui, au péril de leur vie, apportent l’information au public. Deux journalistes français ont été enlevés par un groupe non identifié devant la porte d’un des chefs du MNLA à Kidal (Mali). Les recherches ont immédiatement commencé et quelques heures plus tard nous apprenions que Ghislaine Dupont et Claude Verdon ont été retrouvés assassinés à 12 km de la ville. La cause de leur décès est selon le Quai d’Orsay due à plusieurs impacts de balles, tirés à bout portant et dans le dos. Affaire classée dirons-nous, et la vie reprend son cours dans le reste du monde. Tout le monde se contentant de la version officielle…

 

 

par Alexandre Denjean

 

 

rfi

 

 

 

Et s’il y avait une autre vérité ? Serait-ce mal de chercher à éclaircir cette affaire afin que les vrais coupables soient pourchassés et traduits en justice ? N’est-ce pas notre devoir que d’apporter des réponses aux familles ?

Pour cela, il nous faut remonter le fil des évènements pour mieux comprendre ce qui s’est passé. Soulever les points litigieux de cette sombre affaire en utilisant des techniques d’enquête qui ne sont pas à l’origine destinées à ça, je veux parler de l’OSINT (Open Source Intelligence). Ces techniques de renseignements ne fonctionnant que par Internet, il va nous falloir fouiller de fond en comble le Web. Peut-être grâce à ça nous pourrons lever le voile sur ce qui s’est réellement passé le 2 novembre 2013 et apporter des réponses aux familles de victimes. Car soyons clair, l’explication du Quai d’Orsay n’est pas seulement vague; elle comporte de nombreuses incohérences.

 

 

AQIM_hostages

 

 

Remontons donc ensemble le fil des évènements de cette journée du 2 novembre :

1/ Plusieurs individus louent 2 véhicules de la marque Toyota à la mairie de Kidal.

2/ Deux journalistes de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verdon, ont rendez-vous avec un chef connu du MNLA.
Ils se rendent à son domicile à Kidal.

3/ A la sortie de l’interview, ils sont attendus par deux véhicules avec à son bord des gens armés. Ces derniers forcent Ghislaine Dupont et Claude Verdon à monter à bord sous la menace de leurs armes. La personne interviewée , qui sort de chez elle pour voir ce qui se passe, n’est pas inquiétée une seule seconde par les preneurs d’otages. Ces derniers, selon diverses sources, lui auraient ordonné de ne pas intervenir. Celle-ci en brave soldat ne bouge donc pas. Vu sa position dans l’organisation du MNLA, n’a-t-il pas de gardes ? Sans doute sont-ils en vacances… Il faut aussi savoir que les preneurs d’otages ont patiemment attendu devant la porte de la maison que leurs victimes sortent. Les terroristes sont décidément des gens bien éduqués…

4/ Les deux véhicules quittent la ville en direction du Niger pour y être vendus contre rançon. Pendant ce temps, un hélicoptère de l’Armée française décolle pour suivre leurs traces. Puis quelques instants plus tard, un des deux véhicules tombe en panne à 12 km de la sortie de Kidal. Les otages sont assassinés suite à cet incident moteur. Là, je ne comprends pas pourquoi ils ont été assassinés, car si les otages sont une monnaie d’échange importante, pourquoi ne pas les mettre dans l’autre véhicule ? Par manque de place me diriez-vous. Certes, mais pour plus de 5 millions de dollars (estimation basée sur le tableau ci-dessous), il est facile d’en trouver de la place non ?

 

5/ Le préfet de Kidal annonce que les corps de Ghislaine Dupont et de Claude Verdon ont été retrouvés. Mme Dupont ayant été égorgée et Mr Verdon abattu de plusieurs balles dans le dos. Explication plausible puisque l’organisation terroriste AQMI revendiquera leur enlèvement quelques jours plus tard. Ces organisations ont pour habitude d’égorger leurs victimes et non pas de les abattre. Si Ghislaine Dupont a été tuée de cette façon, pourquoi Claude Verdon a-t-il été abattu ? Selon certaines sources non officielles, Mr Verdon aurait tenté de s’enfuir. Ce qui pourrait être une explication puisque le corps a été retrouvé à quelques mètres de Ghislaine Dupont.

6/ Quelques instants après la première annonce, le préfet de Tinzawaten (Paul Marie Sibié), une ville pourtant distante de plus de 220 km
(à vol d’oiseau) et à la frontière avec l’Algérie, déclare que les otages ont été abattus. Cette précision géographique est importante puisque pour les médias français, Tinzawaten se trouve à Kidal. Le sujet de cet article n’étant pas de faire un cours de géographie pour débiles profonds, nous revenons donc à ce qui nous intéresse.

Le Quai d’Orsay reprend cette version dans son annonce officielle. Vous ne trouvez pas étrange que le Quai d’Orsay se soit basé sur la version d’une personne située aussi loin du lieu de l’enlèvement ? En ce qui me concerne, je trouve ça plutôt curieux. Comment Monsieur Paul Marie Sibié fait-il pour en savoir plus que le préfet de Kidal situé lui à 12 km des lieux du crime ? Mystère…

7/ Le 4 novembre : la traque des assassins permet d’arrêter 12 suspects.

8/ Le 7 novembre : la personne qui a loué les deux véhicules est identifiée. Là encore, il est plutôt curieux que ça ait pris autant de temps puisque comme je vous l’ai indiqué plus haut, les véhicules ont été loués à la mairie de Kidal. Je veux bien admettre qu’il n’y a pas de registres aussi précis que chez nous, mais il est quand même facile pour les gens concernés de retrouver la personne.

Depuis, nous n’avons plus de nouvelles…

Alors que dire de tout cela ?

Il m’est impossible de vous apporter des preuves directes, car ces informations ne sont pas disponibles sur la Toile de façon légale. Mais comme vous avez certainement pu le constater, il y a de nombreuses incohérences dans cette affaire. Seule une enquête indépendante pourrait faire la lumière sur ces meurtres et apporter la paix aux familles des victimes. Que ces incohérences soient fondées ou non, l’important dans cette sombre histoire est que les vrais coupables soient jugés et condamnés.