Le business du Big Data au détriment des techniques du renseignement

Tout le monde en parle depuis quelques années. Le Big Data serait-il en passe de révolutionner le BI (Business Intelligence) ? Dans Le Renard ayant la queue coupée, La Fontaine montre qu’il faut se méfier des conseils exprimés par certains : ils le sont souvent par intérêt et non pour le bien de tous.
Rapportée au Big Data, cette morale rappelle que le bruit fait autour de cette technologie masque les intérêts de certains grands groupes au détriment des PME.
Or, la maîtrise des techniques du renseignement permet d’obtenir des résultats pertinents sur des concurrents. A moindre coût !

 

Par Alexandre Denjean

 

 

Il est indéniable que le Big Data est une évolution majeure dans le domaine du renseignement économique. Mais il n’en est qu’à ses balbutiements. L’énorme quantité d’informations à gérer nécessite des équipes de salariés qualifiés et des moyens très importants à l’heure actuelle. Nul doute que dans un futur proche une solution verra le jour. Est-ce que l’on peut dès aujourd’hui envisager de ne plus utiliser les méthodes classiques de BI ?

En 2013 dans un supplément du journal les Échos (auquel la rédaction du quotidien n’a pas participé à sa réalisation) Romain Chaumais annonce que le Big Data pourrait tuer le BI. Cet article aurait pu être fort intéressant s’il n’avait malheureusement pas été écrit en partenariat avec Capgemini qui a fait du Big Data un de ses principaux business.

 

On peut dès lors se poser la question de l’objectivité d’un tel article. Une enquête un peu plus poussée révèle que Capgemini dispose d’une certaine puissance de lobbying. Cette entreprise a en effet passé de nombreux partenariats avec des entreprises américaines (entre autres). Là aussi, dans une période de guerre économique dans laquelle nous nous trouvons et face à la politique protectionniste américaine, on peut se poser la question de l’intégrité d’un tel partenariat quand cela concerne des entreprises françaises de haute technologie.

Il n’a pas été possible d’obtenir des informations sur le site de Capgemini concernant ses rapports avec l’un de ses partenaires à savoir PIVOTAL, car la page en question n’existe pas…

 

 

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Autre problématique : seules certaines entreprises auront la main mise sur l’information contenue dans le Big Data. Cette masse de données ne devrait-elle pas être disponible pour tous à un coût accessible ?

Le Big Data a vu aussi l’émergence d’un nouveau métier à savoir le « Data Scientist » qui est une combinaison du « data miner » et du « data analyst », cette profession est largement mise en valeur par un grande nombre d’entreprises qui ont fait du Big Data leur fer de lance. Une importante société en a embauché une quarantaine récemment pour améliorer son marketing contextuel !
Le Data Scientist doit traduire les données collectées en formules mathématiques et en statistiques, il doit également être très performant dans de nombreux domaines informatiques par exemple Java, Hadoop, NoSql, etc. Il est donc évident que cette profession n’est accessible qu’aux ingénieurs.
Exit donc les anciens data miner et autres hackers spécialisés dans le renseignement. N’est-ce pas une façon pour certaines entreprises de tuer la concurrence de petites PME ne pouvant s’offrir le luxe de salarier un ou plusieurs ingénieurs ? Il a pourtant été maintes fois prouvé que ce n’est pas le niveau d’études qui offre des résultats pertinents dans le BI.
Le Big Data représente donc un énorme business qui va laisser sur le bas-côté de la route de nombreuses PME qui n’auront pas les moyens de se payer les services d’entreprises comme Capgemini qui sont suffisamment compétentes pour extraire les données intéressantes.

De plus, une récente étude a démontré que le Big Data coûte inutilement cher aux entreprises pour un bénéfice bien en dessous des sommes investies. Il est donc malheureusement encore un peu tôt pour envisager d’enterrer les solutions alternatives comme l’OSINT ou le BI classique qui ont fait leurs preuves en terme de rentabilité.